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Quelques récits de mémoire

Quelques récits de collecte de mémoire :

Mme V

       Lorsque ma fille faisait partie des Âmes-Vaillantes (ce qui correspond aux Eclaireurs pour les filles), j’ai moi-même participé à des vacances sur le Moléson avec ce groupe. Il y avait les cheftaines, un père abbé, et moi qui étais cuisinière. On préparait les repas au feu de bois. C’est un jeune homme qui nous apportait le bois et le coupait.
L’abbé était gourmand et peureux : une nuit, il est entré dans ma chambre en frappant dans ses mains et disant : « Il y a un homme dans la maison !!! ». Je suis donc descendue pour constater que c’était des jeunes qui passaient devant la maison. Dans l’escalier, l’abbé se cachait derrière moi.
J’aimais ces camps, on chantait beaucoup, et, de temps en temps, on priait mais j’aimais bien.
Un jour, l’abbé a mis sécher ses chaussettes au-dessus du feu. Juste au moment où je soulève le couvercle pour surveiller la cuisson du chocolat chaud (il ne faut pas que ça déborde, n’est-ce pas ? Voilà qu’une des chaussettes tombe dans la casserole… Drame… Je ne pouvais pas en refaire, car c’est un jeune homme qui nous apportait le ravitaillement dans une hotte et je n’avais pas assez de lait. Alors je n’ai rien dit à personne et tout le monde a bu son cacao, moi je prenais du café au lait…
Je garde un bon souvenir de toutes ces gamines !
Une anecdote encore m’est restée : un jour, une des filles avait soif. Elle vient vers nous et dit au curé : « On crève de soif ! ». Le curé lui répond : « Crèves un bon coup et fous nous la paix ! »


Mme F

       J’ai vécu des souvenirs de village dans les années 39-45. Comme on avait des militaires, toujours des territoriaux, qui venaient faire la relève à Bussigny pour la ville de Lausanne, c’était leur campement. Le matin, ils venaient avec des autobus chercher les militaires pour garder Lausanne. Cette troupe arrivait toujours par le train. Ils arrivaient avec le drapeau, la fanfare et tout le commerce...
On avait le chien du Docteur, il accompagnait chaque fois ceux qui partaient au bout de deux semaines à la gare de Lausanne et il revenait avec les nouveaux, et peu importe quelle troupe, il était toujours avec eux. Il le voyait, je ne sais pas quand le docteur, mais son chien était toujours avec eux.
Un jour, il y avait des territoriaux genevois qui arrivaient, cela s’est très bien passé. Le jour de leur départ à la gare de Bussigny, qui est-ce qu’ils trouvent ? Des Neuchâtelois et dans le groupe des Neuchâtelois, il y avait un Noir qui avait à cette époque 22 ans, vous voyez l’âge qu’il aurait à présent ! Ils ont été surpris les Genevois de voir qu’il l’avait mis comme porte-drapeau, ces malins ! C’est lui qui a présenté le drapeau à ceux qui partaient. Alors, ils ont été scandalisés qu’à ce moment-là, il y ait déjà un Noir dans l’armée.
Quand ils ont dû repartir, ils l’ont de nouveau mis au porte-drapeau pour les suivants. Les prochains étaient des Bernois, ils ont été encore plus scandalisés que les Genevois, que ce monsieur Béguin, tout noir qu’il était, soit là pour les recevoir sur le quai de la gare. Le chien du Docteur, lui aussi était toujours là.


Mme P

        Pendant la guerre, il y avait les cartes de rationnement. Chez nous à Romont, notre épicier nous avait averti que l’on pourrait toujours acheter ce qu’il nous fallait chez lui, même sans carte, car il avait de puissantes réserves et en effet, nous n’avons jamais manqué de rien.
Je me souviens que j’ai fait un séjour à Pringy, dans le canton de Fribourg pour mes poumons. Il y avait là-bas des étrangers qui ne payaient pas leurs pensions car tout était pris en charge par la Croix-Rouge. Et je peux vous dire que ceux-là ont eu du bon temps ! Alors que nous devions tout payer de notre poche.


Mme D

       Chez nous, nous avons dû loger des officiers !
Il y avait deux frères Burrus, Léon et Robert, qui logeaient dans la chambre de ma mère, ils étaient formidables ! Des gens très simples, ils offraient des cigarettes à toute la troupe et leur canapé en était rempli. On avait aussi un officier de Montreux, un type très guindé, celui-là, il disait toujours d’un ton dédaigneux : « C’est rustique ici ! Cela sent la campagne. » Il avait la chambre de ma tante et il avait cassé le broc qui servait à la toilette. Ma tante, qui n’avait pas la langue dans sa poche, est descendue avec l’anse brisée jusqu'au mess des officiers pour se faire rembourser.


M. P

        Le patron chez qui je travaillais pendant la guerre (quand je n’étais pas de service) avait rapporté de l’armée une invention pour faire de la crème avec du beurre et du lait.
Il fallait garnir la machine avec des petits morceaux de beurre, puis on ajoutait le lait, on faisait marcher la chose, puis on laissait reposer le mélange vingt-quatre heures au frigo. Et on pouvait battre cette crème pour en faire de la chantilly, on en mettait tous les jours dans la vitrine pour les clients.
Pour avoir ce beurre, le patron m’envoyait à Saint-Gingolph. Je prenais une fois par semaine le bateau en tenue de pâtissier et je trimballais six boîtes de biscuits en métal, vides. À l’arrivée à Saint-Gingolph, je montais rapidement jusqu’en haut du village chez un monsieur dont j’ignorais le nom et qui remplissait deux de mes boîtes, jamais les mêmes. Je redescendais à la première sonnerie du bateau et arrivais au dernier moment (à la troisième sonnerie) sur le quai. Je frappais une de mes boîtes et disais au douanier : « C’est du vide ! »
Pendant plus d’un an, j’ai accompli le trajet sans être contrôlé une seule fois. Pourtant le douanier restait à bord du bateau et moi je changeais de place régulièrement pour que mes précieuses boîtes restent toujours à l’ombre.
Personne ne semblait remarquer ce manège.


Mme V

        J’étais la dernière de huit enfants. Quand j’ai eu 7 ans, mon père n’a pas voulu que je commence l’école, il me trouvait trop petite. En effet, j’étais plutôt fluette et j’avais eu plusieurs bronchites mais aussi étant la plus jeune, j’étais la plus gâtée.
En janvier, la directrice de l’école est venue à la maison pour dire qu’il n’avait pas le droit de me garder à la maison et que je devais aller à l’école. Alors mon père a dû m’envoyer à l’école, accompagnée par une camarade un peu plus âgée, c’est tout.
J’étais un peu le gâtion de la famille. Nous vivions à Mézières, près de Servion et mon père était sellier, il faisait les selles et les harnachements pour les chevaux. Il tenait un magasin. Il avait un vélo, pas de voiture en ce temps-là. Mes deux frères ne voulant pas faire ce métier, alors on avait des vaches, des cochons et des bœufs pour l’attelage. Ce n’est que très longtemps après que nous avons eu les moyens de nous acheter un cheval.
Mon père était très sévère, surtout avec mes sœurs : il ne fallait pas faire de bruit. Quand il allait faire la reposée (sieste), ma maman me mettait près de lui pour que je lui caresse la tête pour qu’il puisse s’endormir.
On faisait la lessive dans la fontaine, on avait l’électricité, mais les toilettes étaient dehors à côté des fontaines. Comme c’était des toilettes assez hautes, Papa disait : « Va faire dans le jardin, c’est trop haut pour toi ! »
Malheureusement, mon père est décédé trop vite, à cause d’une pleurésie, on n’avait pas les médicaments qu’on a aujourd’hui. J’avais dix ans et on est venu me chercher à l’école lors de son décès.
Maman a pris un ouvrier au magasin, mais il a fait faillite. Et il n’y a jamais eu de nouveau sellier à Mézières, les gens allaient à Oron, la sellerie, ça ne marchait plus.
Notre maison était à côté de la maison du Général Guisan. Ses sœurs venaient acheter des œufs chez nous. Quand il avait à faire à Lausanne, il rentrait à pied jusqu’à Mézières.


Mme C

        Dans le temps, il n’y avait pas tant de distractions d’où le succès de ces sociétés. Deux de mes oncles étaient dans une société de tir. Il y avait des sociétés pour le tir, la danse, le chant, la gym, la marche en montagne, la fanfare et aussi par métiers.
Ces différentes sociétés organisaient à tour de rôle des girons afin de se rencontrer. Quand on était les organisateurs, tout le village était décoré. On faisait des roses en papier qu’on mettait sur des petits sapins le long des rues. C’était une sorte de concours, les meilleurs recevaient une distinction.
La majorité des jeunes faisaient partie d’une société, au moins.


Mme V

        J’ai fait quatre ans d’armée dans le Service complémentaire féminin dans les communications. Je regrette encore aujourd’hui ne de pas avoir pu monter en grade. Nous étions commandées à la dure et j’aurai bien aimé commander à mon tour. Ma grossesse m’a forcée d’arrêter car il fallait que je m’occupe de mon fils.
Je me souviens de la visite du Général Guisan : il nous avait bien fait sentir qu’il n’aimait pas les femmes à l’armée, mais nous avions eu un bon repas ce jour-là !


Mme S

        J’ai fait l’école de commerce à 15 ans pendant deux années au cours desquelles j’ai appris la sténo. La sténo est une écriture phonétique (par exemple on ne met pas de « s » au pluriel, il y a des signes par syllabes. Pour se la mettre dans la tête et, dans les mains, il faut beaucoup l’entraîner, on faisait des pages entières du même mot pour que ça devienne automatique.
Il fallait arriver à une certaine vitesse, calculée par rapport aux syllabes. Ce n’est pas le tout d’écrire, mais il faut se relire. Si l’on modifie à peine un signe, ce n’est plus lisible. J’étais de l’association Duployé où nous avions un petit journal tout en sténo avec le texte intégral à côté. Je le reçois encore, bien que maintenant on y parle surtout des computers mais il y a toujours les mots croisés en sténo (pour les définitions surtout bien sûr).
Je suivais aussi des cours du soir pour m’améliorer et j’y étais assez férue. Encore maintenant je prends parfois des notes en sténo, à la radio par exemple.
Dans mon travail, j’utilisais beaucoup et je maîtrisais bien cet outil. Dans les concours, j’avais le niveau de la maîtrise et je pouvais donner des cours.
C’est à un banquet de fin de cours que j’ai rencontré mon futur mari qui avait été « Professeur Duployé ».
Dans les concours, il fallait aussi dactylographier son texte. On était jeune et c’était notre passe-temps. J’ai fait des concours à Bâle, Fribourg, à Genève, à Richterswil près de Zurich et l’on avait de jolies soirées et des beaux prix. Mais surtout c’était mon gagne-pain et j’aimais le travail bien fait.


M. P

        Moi, à Prilly, j’étais le roi des cortèges. J’étais le porte-drapeau de l’Abbaye. Alors pour toutes les fêtes, toutes les associations, les sociétés, les jours fériés comme le Premier mai ou le Premier août, on me demandait de porter le drapeau. Et puis on allait dans plusieurs villages avec l’Abbaye (pour les jeunes, l’Abbaye est une société de tir). Je n’ai jamais été roi ou vice-roi de tir, mais je défilais toujours avec les premiers. Lors de mes très nombreux déplacements à travers le canton, il y en avait toujours qui me transbahutait, j’étais un peu la mascotte. J’ai commencé à 16 ans et je l’ai fait jusqu’à 30 ans.
A l’armée, j’étais à la cuisine, je brassais la sauce et coupais la viande, c’était sympa, j’ai regretté d’arrêter.
À la fin du cortège, il fallait rentrer le drapeau. Des fois, je le gardais à la maison, souvent je ne voulais pas le ramener au bistrot car il y avait trop de monde. Je le rapportais le lendemain, c’était pas urgent.
On partait aussi pour les décès. Des fois, c’était cortège le matin et le décès l’après-midi, il fallait y mettre un ruban noir. Tout cela c’était du bénévolat. Les gens disaient : « tu ferais mieux de t’occuper de ton commerce plutôt que de ton drapeau ! »


Mme V

        Oh ! Chez nous c’était pas la fortune ! On recevait bien un petit quelque chose, mais autrement on nous donnait un cadeau pour le nouvel an : on achetait une robe neuve ou un beau ruban neuf pour mettre dans les cheveux, des mouchoirs, un pyjama, ou des chaussures bien sûr. Autrefois, on n’achetait pas de chaussettes, on les tricotait pour toute la famille.
Madame Rosset se rappelle qu’on devait moudre le café chacun son tour : on l’achetait vert et on le torréfiait à la maison, ça sentait bon, il fallait aussi rouler les cigarettes pour le beau-père avec une machine.

Les Ventouses :

Quant on avait un rhume ou une bronchite, on nous posait des ventouses : ça faisait des marques sur le dos mais c’était efficace. C’est les sages-femmes qui en avaient aussi des toutes petites pour les bébés. Mlle Seira se souvient qu’elle les posait à tout le village : on les faisait chauffer avec un tampon imbibé d’alcool qui brûlait. Ça faisait mal, mais on n’avait pas d’antibiotiques.
Mme Schmid se souvient de la ouate thermogène qui chauffait terriblement. Sur l’emballage il y avait une allumette et du feu.


Mme L

        Dans la famille où je travaillais en Angleterre, c’est moi qui répondais au téléphone. La première fois que j’ai appelé en Suisse, ça m’a fait drôle, je n’en revenais pas de pouvoir parler comme ça, comme si on était juste à côté, c’est formidable ! J’avais appelé des voisins qui on fait la commission et puis qui m’ont rappelée.


Mme P

        Mon grand-père maternel est mort en 1925 : il était marchand de fruits en gros et livrait à Montreux. Il avait un de ces vieux téléphones où il fallait tourner une manivelle pour le faire fonctionner. Les communications étaient exclusivement commerciales. C’était l’ornement du salon !

Mme F

       Quant j’étais petite nous rentrions de l’école à 16 heures, nous posions nos sacs et nous allions à la mer, les devoirs passaient après. De mai à octobre, on se baignait tous les jours, j’étais très forte en natation, puis mon père a été mobilisé en 39 et c’en était fini de la mer. Ce sont mes plus beaux souvenirs, dans le Midi de la France, à Cannes où mes parents tenaient un petit hôtel. Nous avions des maillots de bain une pièce, les bikinis n’existaient pas à l’époque. Tout cela a été perdu à cause de la guerre.
Mon père était venu me rechercher en Suisse et il n’a pas pu repartir, ma mère était à Cannes avec un de mes frères. Les Allemands ont tout pris et nous avons été séparés pendant presque deux ans, c’était horrible. J’ai du m’adapter à l’école suisse et après la guerre mon père a trouvé un travail à Interlaken, alors nous sommes restés en Suisse.




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