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anim.ch > Journées > Journées anim et aînés > 2008 2eme 4 mars > Anecdotes
  
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Anecdotes
RECUEIL D’ANECDOTES…
Suite à la mise en scène d’un spectacle intitulé « De LAJOUX à PARIS », Geneviève Basset livre quelques moments intimes vécus avec les résidents de l’établissements qu’elle a reçus comme de précieux petits cadeaux de vie.
Tout était à faire pour réussir cet événement. Il s’agissait tout d’abord de passer du temps avec chaque résident afin d’expliquer le projet et d’obtenir l’assentiment de chacun par rapport à sa participation. A ce moment-là, Geneviève tâche de proposer des rôles qui mettent en valeur les compétences de chacun. C’est ainsi qu’elle propose à M. Brahier, artiste dans l’âme, enseignant de musique retraité ayant passé sa vie à composer, à chanter et à diriger des chœurs, de composer une affiche pour le spectacle. Celui-ci accepte la tâche avec tant d’enthousiasme qu’il termine le projet d’affiche en 2 jours. 2 jours supplémentaires lui seront nécessaires pour présenter à Geneviève un projet amélioré qu’elle reçoit en affirmant : « Elle est magnifique, vraiment parfaite ! » Après l’avoir tiré à plusieurs exemplaires, Geneviève demande à M. Brahier le privilège d’obtenir l’original. Il le lui donne en y ajoutant la dédicace « A mon amie Geneviève », qui sonne comme un cadeau à ses oreilles. L’affiche est encadrée et trône désormais dans le bureau de Geneviève.

Chacun n’accepta pas si spontanément d’entrer dans le jeu. Lorsque Geneviève entra dans la chambre de Monsieur…, ancien éleveur de chevaux, ayant fait du théâtre en très bon amateur, elle s’attendait à trouver chez lui un certain enthousiasme. Pourtant, qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle entendit le « non » catégorique de ce résident en réponse à sa présentation du projet ! Elle se résolut cependant à l’accepter. Quelques jours plus tard, lors d’un soin, M…, confia : « J’en ai pleuré de vous avoir dit non. Mais je ne peux pas accepter. » A ce moment, Geneviève lui proposa de dire la raison de son refus, la peur qui l’habitait et le forçait à refuser. « J’ai peur de faire aux culottes quand je serai sur scène. » affirma M…. Geneviève lui proposa alors un tout petit rôle qu’il pourrait assumer en étant assis dans une chaise roulante. Il s’agissait de la conclusion du spectacle qui devait vanter, en patois, les qualités des Franches-Montagnes par rapport à celles de Paris. Lors de la seconde représentation, alors que M…. se trouve seul dans les coulisses, Geneviève s’assied à ses côtés. M… lui prend la main et lui confie : « Merci de ne vous être pas arrêtée à mon premier « non ». (silence). Je peux vous demander quelque chose ? Aujourd’hui, je peux parler plus ? » Geneviève accepte, tout en lui demandant ce qu’il souhaite, dans les grandes lignes ajouter. « Je voudrais parler du Marché Concours » poursuit-il. Chose faite. Après le spectacle, M…. dira : « Après un tel bonheur, je peux mourir. » On notera, avec émotion, qu’un mois plus tard, il était mort, laissant à sa famille impressionnée une image d’expression sur son visage qu’il ne lui avait encore jamais vue.

Lors des répétitions, les soignants ont pu remarquer des changements dans le mode de fonctionnement et de communication de certains résidents. Ce fut le cas, par exemple, de M…., d’habitude très renfermé, austère, solitaire et taciturne qui, du premier coup, accepta de tenir le rôle d’un gendarme dans l’une des scènes. Toujours à l’heure aux répétitions, il se montrait très soucieux de bien faire et sortait de sa chambre pour assister, de loin, à toutes les autres répétitions. Un jour, M…. arrête Geneviève dans un couloir et déclare : « Je suis venu voir tous les tableaux. Alors, je veux vous donner mon avis : - C’est bien ! Mais la musique du « Défilé de mode » n’est pas assez rythmée. » Geneviève, le remercie tout en lui confiant qu’elle a dû choisir une musique rythmiquement plus calme parce qu’elle devait coller à la façon dont les personnes se déplacent, avec leurs difficultés et leurs lenteurs.
Elle termine en lui soufflant : « Mais, il y a tout de même un tableau qui est mieux que les autres… ». Pour toute réponse M…. lui offre un visage illuminé, radieux.

Au contraire, une jolie petite grand-maman, d’ordinaire très gaie et joviale, essuyait à chaque répétition une petite larme gênée. Lorsqu’elle avoua : « Je voudrais tellement que ma maman me voie ! », Geneviève comprit qu’elle pensait chaque fois de façon émue à sa mère qui avait fait du théâtre alors qu’elle était, elle-même, une enfant. Après le spectacle, cette dame confiera à Geneviève qui s’inquiétait de son état de fatigue : « La joie efface toutes les fatigues. ».

Un autre Monsieur, très gentil et présentant des défaillances importantes de la mémoire à court terme a réussi, par exemple, à retrouver une organisation personnelle et autonome. C’était à la fin d’une des premières répétitions générales : branle-bas de combat dans l’entrée du home et dans la cafétéria ; il y a du matériel partout. Geneviève demande aux acteurs de ranger les costumes dans les statifs prévus. Monsieur … s’approche et s’inquiète de ce qu’il doit faire. Geneviève réitère sa demande en lui disant : « Vous allez vous rechanger dans votre chambre et vous me rapportez le costume. » Quelques instants plus tard, Monsieur… arrive avec un ballot de vêtements surmonté des chaussures, précautionneusement emballées dans du papier journal. Il rend ses affaires à Geneviève et lui tend un petit bout de papier sorti de sa poche sur lequel il a pris la peine d’écrire son nom…

Cette riche expérience a permis à chaque participant de vivre autre chose que les contacts quotidiens. Geneviève a reçu de nombreux remerciements de la part des collègues qui ont apprécié le nouveau regard qu’ils pouvaient poser sur les résidents et sur les personnes travaillant dans d’autres secteurs que le leur. Bien souvent, ces témoignages de reconnaissance étaient empreints d’une réelle émotion. On sent la voix qui chavire, la gorge qui se serre un peu. On voit la larme au coin de l’œil. Cependant, Geneviève, qui avait plutôt conçu un spectacle gai, entraînant (La tactique du Gendarme, le French Cancan) s’est rendu compte que cette mise en scène des résidents réveille de nombreux souvenirs et révèle les profondes émotions qui pétrissent chaque individu .Par exemple : une des actrices, résidente hémiplégique, portait à elle seule une très grande charge émotionnelle lorsqu’elle interprétait une chanson d’Edith Piaf « Paris », qui ouvrait le spectacle. Elle avait pris son rôle très à cœur, mettant à contribution tout son entourage pour l’aider à répéter. Pourtant, sur scène, elle n’était jamais satisfaite de sa prestation. Afin d’en avoir le cœur net, Geneviève, qui d’habitude se trouvait tout près d’elle lors des répétitions, s’assoit au premier rang des spectateurs et, bien décidée à observer la scène d’un œil critique, est, malgré elle, prise aux tripes par l’émotion dégagée par cette personne. Jusqu’à la première représentation où, devant son fils venu tout exprès du Canada, elle remporta un vrai triomphe et devint la Piaf du home de Lajoux, cette résidente douta de ses capacités. Cependant, elle reconnut par la suite et l’exprima pendant des mois, qu’elle avait finalement réussi à se dépasser, à s’ouvrir aux autres et même à en oublier ses douleurs….

Il y eut bien d’autres moments de pur BONHEUR

Catherine Wolfer
 




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